
Le recyclage, le compostage, l’achat de produits biodégradables et de véhicules hybrides ne sont que quelques-unes des nouvelles pratiques engendrées par une prise de conscience des citoyens face à la protection de l’environnement. Devenue un des enjeux prioritaires tant pour les citoyens que pour les gouvernements des quatre coins du monde, la défense de l’environnement passe aussi par le recours à des technologies moins polluantes et à des pratiques d’achat, d’utilisation et de recyclage qui tiennent compte de cet aspect. Les Administrations prennent également ce virage en ce qui a trait aux technologies de l’information (TI) qu’elles utilisent.
Selon la firme américaine Gartner, les Administrations occidentales se dirigent peu à peu vers des pratiques plus vertes en matière de TI. Toutefois, en 2007, une rencontre avec les responsables des TI en Europe avait forcé les experts américains à conclure qu’aucun pays du continent n’avait encore mis en œuvre un programme complet en matière de technologies vertes. Néanmoins, certains États redoublent leurs efforts. C’est le cas notamment du gouvernement britannique dont le conseil des responsables de l’information se penche actuellement sur les façons de réduire les effets des activités du secteur public sur l’environnement. Aux États-Unis, l’Office of Management and Budget et l’Office of the Federal Environmental Executive suivront de près le développement de politiques et de pratiques écologiques dans les ministères et les organismes fédéraux. Les efforts en matière de technologies vertes seront mesurés grâce à l’évaluation annuelle des organismes publics fédéraux.
La firme Gartner estime que les effets, positifs ou négatifs, des TI sur l’environnement se situent sur trois niveaux :
1. Les effets de premier niveau découlent directement de l’utilisation des TI par les Administrations. Par exemple :
Diverses normes et bonnes pratiques peuvent contribuer à amoindrir ces effets des TI sur l’environnement.
2. Les effets de deuxième niveau portent sur l’ensemble des activités du secteur public. Dans certains cas, les TI peuvent aider à réduire l’impact environnemental des activités. En voici deux exemples :
3. Les effets de troisième niveau sont associés à la consommation des services de l’organisation. Par exemple, les citoyens qui se rendent en automobile au comptoir d’un ministère ou d’un organisme pour obtenir un servir contribuent à l’augmentation des gaz à effet de serre. Les TI, en l’occurrence les services publics électroniques, peuvent réduire cet impact en évitant des déplacements.
La firme Gartner recommande aux Administrations d’agir surtout sur les effets de premier ou de deuxième niveau des TI. Néanmoins, le déploiement de services en ligne s’avère un bon moyen de restreindre les effets de troisième niveau.
Comment les Administrations peuvent-elles contribuer ou contribuent-elles déjà à diminuer les effets des technologies sur l’environnement ? En matière de TI comme dans d’autres domaines, une première stratégie verte consiste à diminuer les achats. En effet, un ordinateur que personne n'acquiert en est un que le producteur n'a pas à fabriquer, à emballer et à livrer. De son côté, une machine dont on allonge la durée de vie en est une que l'on n'a pas à mettre au rebut ou à faire recycler. Diverses normes, politiques et pratiques peuvent également réduire les effets sur l’environnement des TI utilisées par les Administrations, selon le cycle de vie des appareils. Les articles qui suivent présentent différentes mesures que l’on peut mettre en place pour chacune des étapes du cycle de vie des TI, soit leur acquisition par les Administrations, leur utilisation et, enfin, la façon dont elles sont éliminées.
Rédactrice : Isabelle Vachon, chargée de projet et coordonnatrice du bureau de l’Abitibi-Témiscamingue, CEFRIO
Sources :
GARTNER. “Gartner Says Government Must Take a Leadership Role on Green IT”, communiqué de presse, 25 septembre 2007
KUMAR, Rakesh, et Lars MIERITZ. Conceptualizing 'Green' IT and Data Center Power and Cooling Issues, Gartner, 9 septembre 2007.
MINGAY, Simon, et Andrea Di MAIO. Defining the Environmental Value of IT, , Gartner, 5 septembre 2007.
STERNSTEIN, Aliya. “Government IT goes green. A growing number of environmentally conscious federal IT programs try to achieve la vida verde”, 18 septembre 2006.
Pour améliorer son bilan environnemental, une organisation peut chercher à acquérir des technologies vertes, c'est-à-dire des matériels et des logiciels fabriqués dans le respect de critères, de standards ou de normes avancés sur le plan de l’environnement.
En effet, les TI ne se valent pas toutes sur ce plan. Certains ordinateurs contiennent plus de matériaux polluants (ex. : cadmium ou chrome hexavalent) que d’autres. Tous les portables ne sont pas expédiés au client dans un emballage recyclable. Certains moniteurs sont plus énergivores que d’autres. Enfin, certains appareils sont plus difficiles à désassembler que d’autres, ce qui complique leur réutilisation ou recyclage éventuel.
Cela explique que plusieurs Administrations, au Canada et à l’étranger, aient commencé à soutenir des pratiques d’achat en TI qui tiennent compte de la variable environnementale. Deux pratiques d’achat particulières méritent d’être examinées de près :
1. La prise en compte du coût total de propriété
Comme tout le monde le sait, la voiture la moins chère à l’achat n’est pas nécessairement la moins dispendieuse à moyen ou à long terme. En effet, il arrive qu’un modèle soit si gourmand en essence ou si friand de réparations que son coût total de possession (en anglais, total cost of ownership ou TCO) dépasse en fin de compte celui de véhicules dont le prix est moins alléchant.
La même situation prévaut dans l’univers des TI et, pour cette raison, certaines Administrations ont commencé à évaluer les technologies proposées par les fabricants en tenant compte de leur coût total de possession.
Par exemple, le Commonwealth du Massachusetts choisit maintenant ses photocopieurs et ses imprimantes en fonction du coût par page imprimée associé à un modèle particulier1. En vertu de l’Executive Order 13423, Strengthening Federal Environmental, Energy and Transportation Management, les ministères et les organismes fédéraux américains doivent, pour leur part, prendre leurs décisions d’achat en tenant compte de ce qu’il en coûtera en électricité pour faire fonctionner un appareil donné, des dépenses à engager éventuellement pour annuler les émanations de gaz à effet de serre associées à son utilisation, des montants à débourser pour s’en débarrasser à la fin de sa vie, etc 2. Comme le soulignent les responsables du Federal Electronics Challenge, cette approche permettra, par exemple à une organisation publique américaine, de justifier l’achat d’ordinateurs Energy Star, même si ces appareils affichent parfois un prix plus élevé.
L’Administration canadienne souhaite aussi mieux tenir compte de la variable du coût total de possession lors de l’acquisition des TI. On remarque ainsi, sur un babillard interne du Secrétariat du Conseil du Trésor, que « le [coût total de possession] a été défini de plusieurs manières et qu’il conviendrait de raffiner le calcul pour mieux évaluer les effets environnementaux d’une TI. En attribuant à une TI... l’ensemble des coûts globaux de son cycle de vie, comme les frais associés à son élimination ou à l’achat de papier et d’encre, l’Administration canadienne pourra mieux mesurer ses progrès et établir des cibles 3».
2. L’insertion de critères environnementaux exigeants dans les appels d’offres publics
Certaines Administrations exigent désormais, dans leurs appels d’offres, que les TI qu’elles acquièrent soient conformes à des critères environnementaux rigoureux.
Un jeu de critères de plus en plus important en Amérique du Nord est le jeu EPEAT (Electronic Product Environmental Asssessment Tool). Créé en 2006 par le Green Electronics Council, un organisme sans but lucratif 4, EPEATs’inspire du contenu du standard international IEEE 1680et comprend 51 critères environnementaux : 23 sont obligatoires et 28, optionnels. Pour porter le label EPEAT bronze, une technologie doit respecter tous les critères obligatoires ; pour arborer le label EPEAT argent, elle doit respecter 50 % des critères optionnels ; pour obtenir le label EPEAT or, elle doit respecter 75 % d’entre eux.
Pour un acheteur, le recours à EPEAT présente de nombreux avantages : il existe de nombreux produits EPEAT, y compris des produits québécois ou canadiens ; les acheteurs et les producteurs sont invités à participer à la définition des critères EPEAT ; les produits EPEAT sont écologiques sans être nécessairement moins puissants ou plus chers ; on peut quantifier les retombées environnementales des TI EPEAT à l’aide d’une calculatrice créée par des universitaires (voir le tableau ci-dessous) ; et l’acheteur qui recourt à EPEAT n’a pas à faire lui-même l’évaluation environnementale des produits disponibles (cette opération est confiée, en quelque sorte en sous-traitance, aux responsables d’EPEAT qui s’engagent à vérifier périodiquement si les prétentions des producteurs sont fondées).
Le jeu de critères EPEAT est de plus en plus utilisé à travers le monde.
Calcul des gains associés à l’utilisation d’EPEAT par la ville de Phoenix* 5
(3 253 ordinateurs de table et 247 ordinateurs portables tous classés « argent » selon l’EPEAT)
Mesure |
Combien ? |
Équivaut à : |
Réduction de la consommation d’énergie. |
2 701 969 kWh |
L’électricité nécessaire pour fournir en énergie 238 ménages, annuellement. |
Émission de gaz à effet de serre évitée. |
212 millions de tonnes équivalent charbon |
Retirer 168 voitures des routes par année. |
Réduction des déchets dangereux. |
8,6 tonnes métriques |
|
Utilisation de produits toxiques évitée. |
538 livres |
|
Économie d’argent. |
234 261 $ US |
|
* Traduction libre.
Source : EPEAT. Phoenix, AZ: Innovation in Environmental Purchasing.
Aux États-Unis, une directive présidentielle exige, depuis 2007, que 95 % des ordinateurs de bureau, des moniteurs et des portables achetés par les agences fédérales américaines portent le label EPEAT 6. Depuis avril 2008, la ville de San Francisco, en Californie, n’achète plus que des ordinateurs, des portables et des écrans EPEAT argent ou or.
Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, en collaboration avec Ressources naturelles Canada, Environnement Canada et le Bureau de l'écologisation des opérations gouvernementales, a fait d’EPEAT le standard qui gouverne l’achat d’ordinateurs de bureau, de portables et de moniteurs par l’Administration fédérale. L’organisme a sélectionné EPEAT, parce qu’il s’agit du premier jeu de critères qui tienne compte de l’ensemble des normes environnementales les plus importantes au monde, comme Energy Star, IEEE 1680/RoHS ou ISO 14001. De leur côté, l’Administration néo-écossaise et la Lottery and Gaming Corporation ontarienne ont exigé récemment le label EPEAT dans des appels de propositions.
Cela dit, il existe d’autres normes environnementales qu’EPEAT, par exemple : le Choix environnemental, un standard créé par Environnement Canada qui couvre, notamment, les imprimantes et les cartouches d’encre réusinées ; Blue Angel, un standard allemand peu utilisé en Amérique du Nord, parce qu’il couvre surtout des produits disponibles en Europe ; TCO (pour Tjänstemännens Centralorganisation), un label suédois important dans le monde des écrans (et bientôt, peut-être, dans celui des cellulaires) ; Energy Star, une norme réputée qui garantit qu’un appareil informatique consomme peu d’énergie en cours d’utilisation normale.
Les administrations publiques utilisent parfois d’autres critères environnementaux lors de l’acquisition de TI. Par exemple, la ville de Seattle exige des fournisseurs que les documents qui accompagnent leurs produits soient exclusivement offerts en ligne. Les fournisseurs d’imprimantes de l’Administration du Massachusetts ne peuvent décourager l’achat de cartouches réusinées. En outre, pour traiter avec l’Administration fédérale canadienne, les fournisseurs de serveurs doivent être membres de la Green Grid, un consortium d’entreprises en TI qui cherche à rendre les centres de données moins énergivores.
Rédacteur : Réjean Roy, conseiller principal, CEFRIO
Sources :
COMMISSION EUROPÉENNE. “European Union Eco-label”.
GARTNER. Green Server Procurement : Driving Environmentally Friendly IT, 20 novembre 2007, 4 p.
GARTNER. Use Existing Standards for a Quick Start to Green IT Procurement, 9 mars 2007, 7 p.
GARTNER. PC Power Management Tools, Vendor Overview: 2H07, 13 novembre, 5 p.
ENVIRONNEMENT CANADA. Éco-logo : Choix environnemental = Environmental choice.
EPEAT (Electronic Products Environmental Assessment Tool).
EPEAT. Phoenix, AZ: Innovation in Environmental Purchasing.
EPEAT. “President Bush Requires Federal Agencies to Buy EPEAT Registered Green Electronic Products”, 24 janvier 2007.
EPEAT. “US Federal Government Commitment to EPEAT Increased Again.Federal Acquisition Regulations Proposal Formalizes EPEAT Purchasing Requirement”, communiqué de presse, janvier 2008.
FEDERAL ELECTRONICS CHALLENGE. Answers to Frequent Questions: Total Cost of Ownership, 2007.
MASSACHUSETTS. Environmentally Preferable Products (EPP) Procurement Program.
RESSOURCES NATURELLES CANADA, Office de l’efficacité énergétique. « Energy Star Canada ».
US ENVIRONMENTAL PROTECTION AGENCY (EPA). Environmentally Preferable Purchasing : Electronics.
L’achat de technologies vertes ne constitue qu’une des voies pour réduire l’empreinte des Administrations électroniques sur l’environnement. Les organisations publiques soucieuses de la protection de l’environnement peuvent opter également pour des pratiques écologiques tout au long de l’utilisation des TI, puis au moment de s’en départir.
La deuxième étape du cycle de vie des TI, c’est-à-dire leur utilisation, peut entraîner divers effets sur l’environnement. Deux types de pratiques peuvent être adoptés pour minimiser les effets néfastes : diminuer la consommation de papier et d’encre et réduire la consommation électrique des appareils.
Diminuer la consommation de papier et d’encre
Pour réduire le papier et l’encre qu’elles consomment, les Administrations peuvent adopter diverses pratiques écologiques. Chaque geste, étendu à l’ensemble des membres du personnel des grandes organisations que sont les ministères et les organismes, peut faire une grande différence.
Voici quelques-unes des actions possibles :
Les organisations publiques servent de modèles aux entreprises et aux citoyens. Il importe donc que les ministères et les organismes fassent connaître leurs bonnes pratiques et qu’ils en fassent la promotion.
Réduire la consommation électrique des appareils
Ordinateurs, serveurs, imprimantes et autres appareils informatiques requièrent une quantité non négligeable d’électricité pour fonctionner. D’ailleurs, The Economist estime que 10 % du budget des TI des organisations est voué aux frais d’électricité. De plus, selon Gartner, l’électricité nécessaire au fonctionnement de l’équipement de bureau représente de 9 à 15 % de la consommation totale d’une organisation en énergie électrique. Parmi les façons de réduire les besoins en électricité pour l’équipement informatique, on trouve les suivantes :
Par exemple, la municipalité régionale de Halifax a choisi de remplacer les écrans cathodiques de son parc informatique par des écrans à cristaux liquides portant le logo Energy Star, beaucoup moins énergivores. En plus de permettre de réduire de moitié la consommation d’énergie électrique liée aux moniteurs, les écrans à cristaux liquides dégagent moins de chaleur. Il en résultera également une réduction de la facture de climatisation. Il faut toutefois s’assurer que les fonctions d’économie d’énergie de ces équipements sont bel et bien activées.
D’abord, la mise en veille d’un moniteur ou d’un ordinateur portable lorsqu’on ne l’utilise pas peut réduire de façon significative la consommation d’énergie des grandes organisations comme les ministères et les organismes. Une administration peut donc choisir de sensibiliser le personnel à l’utilisation de la fonction de mise en veille de l’écran ou de l’ordinateur. Toutefois, pour s’assurer que tous les équipements sont configurés selon ce mode, les organismes publics peuvent aussi recourir à des logiciels de gestion de la consommation électrique, tels que EZ Wizardou NightWatchman. Ainsi, l’équipe informatique peut s’assurer que tous ont activé les fonctions de mise en veille et qu’aucun ordinateur ou moniteur non utilisé ne consomme de l’énergie inutilement. D’éteindre les appareils, ordinateurs ou moniteurs, lorsqu’ils sont inutilisés, constitue une autre pratique écologique à privilégier.
La consommation en électricité des centres de données aux États-Unis ne cesse de croître depuis 2000. C’est ce que révèle une étude effectuée par l’Université de Californie à Berkeley. Les besoins grandissants des organisations pour le stockage de données, la gestion centralisée d’applications et l’hébergement de sites Web ont fait augmenter en flèche le recours aux serveurs. Plusieurs stratégies peuvent réduire la consommation d’énergie dans les centres de données :
La virtualisation est également un moyen de réduire la consommation d’électricité. L’Office québécois de la langue française définit la virtualisation comme étant « l’ensemble des techniques logicielles ou matérielles qui permettent de regrouper sur une seule unité physique des ressources logicielles et de faire en sorte que celles-ci puissent effectuer séparément des tâches spécifiques, comme si ces dernières étaient exécutées sur des unités physiques distinctes » (Grand Dictionnaire terminologique). Selon Vincent Lavergne, expert dans le domaine, trois grands types de virtualisation sont possibles selon l’objet visé, soit le système d'exploitation, le système de stockage ou les applications.
La dernière étape du cycle de vie des TI consiste en leur élimination. Aux États-Unis, chaque jour, les ménages et les entreprises se départissent de 133 000 ordinateurs. En Alberta, les citoyens se débarrassent de 90 000 ordinateurs par an. Une grande part de ces ordinateurs prennent le chemin du dépotoir. Selon La Presse Affaires, « Les experts s'accordent à estimer qu'environ 70 % des 20 à 50 millions de tonnes d'e-déchets produits dans le monde chaque année finissent en Chine, le reste étant expédié principalement vers l'Inde et les pays africains pauvres. ». En fait, il en coûterait beaucoup moins cher aux pays occidentaux d’envoyer leurs déchets électroniques dans les pays en développement que de respecter des normes de recyclage sur leur territoire. Néanmoins, de plus en plus de pays mettent en place des politiques et des programmes qui pourraient redorer le blason des Administrations occidentales.
Les Administrations qui souhaitent abandonner l’équipement désuet qui ne répond plus à leurs besoins peuvent user de divers moyens écologiques :
Adopter des lois pour responsabiliser les fabricants de produits électroniques à l’égard du recyclage des déchets électroniques.
Ce type de loi est notamment en vigueur dans la moitié des États-Unis, dont la Californie et le Maine. Dans la plupart des cas, les entreprises doivent verser un montant pour le recyclage ou s’occuper elles-mêmes de cet aspect.
Au Minnesota, depuis mai 2007, une nouvelle loi prévoit que les fabricants doivent recycler l’équivalent d’un certain pourcentage du poids de leurs ventes de matériel électronique (téléviseurs, ordinateurs, moniteurs et autres) sur le territoire : la première année du programme, le taux de recyclage est fixé à 60 %, puis il grimpera à 80 % les années suivantes.
En Europe, une directive appelée Waste Electrical and Electronic Equipment se fonde également sur le principe du pollueur-payeur. Mise en branle en 2007, elle énonce que c’est : « … le producteur qui doit prendre en charge le traitement des déchets actuels au prorata des volumes neufs qu'il produit (ce qui règle le problème des producteurs disparus). Pour cela, le producteur peut soit assurer la collecte des déchets, soit verser une contribution financière à un organisme coordonnateur agréé. Ce principe est aussi appelé REP (responsabilité élargie du producteur).» (Guide informatique, 2007) 7.
D’une part, les frais liés au recyclage des déchets électroniques produits avant le 13 août 2005 et mis au rebut par des particuliers sont facturés au producteur au prorata de sa nouvelle production. Les organisations doivent payer elles-mêmes le recyclage de ces déchets « historiques ». D’autre part, les nouveaux appareils, c’est-à-dire ceux qui sont produits après cette date, doivent être repris gratuitement par les producteurs. Le programme est également financé par une taxe lors de l’achat d’appareils électroniques. Cependant, dès 2011, les fabricants devront assumer eux-mêmes les frais.
Offrir aux citoyens et aux organisations le recyclage gratuit de leurs déchets électroniques.
À titre d’exemple, un programme de ce type a été mis en place en août 2007. Les citoyens peuvent, sans frais, déposer leur équipement électronique désuet dans divers endroits désignés à cette fin. Un service de collecte sur place est offert aux organisations. Tous sont ainsi assurés que les rebuts électroniques seront recyclés dans le respect des normes environnementales et ne seront pas expédiés dans des pays en développement.
En 2004, l’Alberta a été la première province à offrir ce type de service à ses citoyens. Aujourd’hui, l’Alberta Recycling Management Authority met 180 points de service à la disposition des Albertains qui souhaitent se débarrasser de leurs appareils désuets. Une taxe spéciale sur l’achat de produits électroniques sert à financer l’initiative. Six entreprises se chargent du recyclage de ces rebuts. Les ministères et les organismes de la province peuvent, eux aussi, bénéficier du service. L’Ontario a lancé cette année un programme fondé sur le modèle albertain.
En Saskatchewan, le programme Saskatchewan Waste Electronic Equipment Program (SWEEP) est géré par des représentants de l’industrie des TI. Les citoyens peuvent se débarrasser de leur équipement électronique obsolète dans un des 70 points de service de SARCAN Recycling. Le programme est financé par une taxe spéciale, prélevée à même l’achat d’appareils électroniques. SARCAN emploie également 2000 personnes handicapées.
Enfin, Recyclage des produits électroniques Canada, un organisme sans but lucratif qui compte parmi ses membres de grands fabricants d’ordinateurs comme Brother, Canon, Dell, HP et IBM, cherche à créer un programme pancanadien de gestion des TI en fin de vie utile.
Avant d’envoyer leur équipement électronique au recyclage, les Administrations peuvent opter pour d’autres solutions et ainsi donner une seconde vie aux appareils qui leur apparaissent comme désuets. Par exemple, elles peuvent transférer leur équipement à un autre ministère ou organisme, en faire don à une organisation ou le vendre au grand public.
En somme, bien des solutions peuvent être envisagées pour limiter le plus possible les effets néfastes sur l’environnement des TI utilisées par les Administrations. Pour être plus vertes, les Administrations électroniques, en plus d’adopter des pratiques écologiques pour l’achat, l’utilisation et l’élimination des TI, peuvent aussi atténuer leur empreinte environnementale en utilisant les TI comme un moyen. C’est ce que nous présente l’article qui suit.
Rédactrice : Isabelle Vachon, chargée de projet et coordonnatrice du bureau de l’Abitibi-Témiscamingue, CEFRIO.
Sources :
“Report Reveals Data Center Managers Adopting Virtualization”, Government Technology, 30 octobre, 2007.
« DEEE - Elimination des déchets informatiques », Guide informatique, 2007.
“Going green”, The Economist, 1er mars 2007.
ALBERTA ENVIRONMENT. Benchmarking Evaluations of DAO Stewardship Programs Final Report, 28 février 2006, 247 p.
ALBERTA, QUEEN’s PRINTER. Alberta regulation 94/2004, Environmental Protection and Enhancement Act : Electronics Designation Regulation, 2007.
ALBERTA RECYVLING MANAGEMENT AUTHORITY. Electronics Recycling Program.
BRITISH COLUMBIA, QUEEN'S PRINTER. Environmental Management Act ; Recycling Regulation, 7 octobre 2004 [inclut l’amendement du 7 août 2007].
DE LOTTO. Richard J. Green IT: The Future Is Now, Gartner, 4 octobre 2007.
LAVERGNE, Vincent. « La virtualisation : huit approches passées au crible », Journal du Net, 10 mars 2008.
NATIONAL GOVERNORS ASSOCIATION. Climate Savers Computing Initiative.
NATIONAL GOVERNORS ASSOCIATION. “Groundbreaking Energy Efficiency Partnership with Climate Savers Computing Initiative”, communiqué, 11 novembre 2007.
ONTARIO, Ministry of the Environment. “E-WASTE PLAN WILL DIVERT COMPUTERS, TVS FROM LANDFILLS. Study Shows Less Than Two Percent Of Computers And Other IT Waste Are Properly Recycled”, communiqué de presse, 12 juin 2007.
SASKATCHEWAN WASTE ELECTRONIC EQUIPMENT PROGRAM (SWEP). http://www.sweepit.ca/.
SEATTLE.GOV. Papercuts et Reduction Strategies.
Les Administrations, on l’a vu dans les articles précédents, peuvent réduire l’empreinte de leurs activités en achetant des technologies plus vertes, en diminuant la consommation d’énergie liée aux TI et en recyclant les différents appareils. Elles peuvent aussi contribuer à la protection de l’environnement en instaurant de nouveaux modes de travail, tels que le télétravail et l’utilisation de la visioconférence, et des services en ligne qui, pour leur part, joueront plutôt sur les effets des deuxième et troisième niveaux.
L’un des meilleurs exemples d’un tel impact sur l’environnement est certainement l’utilisation de la voiture par les employés de l’État, au cours de multiples déplacements. Que ceux-ci se déplacent pour se rendre au travail, pour en revenir ou pour assister à des réunions, ils utilisent de l’essence, ce qui représente une source importante de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, le télétravail et l’utilisation des technologies pour des rencontres à distance sont des solutions à privilégier par les Administrations soucieuses de passer au vert.
Bien que peu de travaux aient à ce jour déterminé avec précision les retombées du télétravail sur l’environnement, les chercheurs dans le domaine s’entendent sur le fait que ce nouveau mode de travail rapporte davantage lorsque les télétravailleurs habitent à une grande distance de leur lieu de travail et qu’ils choisissent en priorité ce mode de travail. La duplication des bureaux — l’un conventionnel et l’autre à domicile — rendue nécessaire lorsqu’un employé travaille quelques jours par semaine chez lui risque, en effet, de diminuer les effets positifs de la réduction des déplacements (augmentation de l’utilisation de l’électricité et du chauffage à domicile, etc.). Les Administrations qui souhaitent implanter le télétravail et en tirer un réel profit environnemental doivent donc établir un équilibre entre différents paramètres, dont les gains en matière de transport et les effets de l’implantation d’un bureau à domicile.
Différentes lois et différents règlements ont été adoptés au cours des dernières années aux États-Unis afin de favoriser l’augmentation du nombre de télétravailleurs dans la fonction publique. Ce phénomène n’est certainement pas étranger au fait que, outre les effets positifs qu’ils peuvent avoir sur l’environnement, les programmes de télétravail peuvent aussi être à la source d’importantes économies. Par exemple, selon la US Government Services Agency, un investissement de 16 millions de dollars sur trois ans dans un programme de télétravail accessible à 50 % des employés d’un ministère de 100 000 personnes permettrait de réaliser des gains de 36 millions de dollars.
D’après les études consultées sur le sujet, les effets environnementaux négatifs de la visioconférence sont, dans la majorité des cas, inférieurs aux effets imputables à la tenue de réunions conventionnelles. Cela est d’autant plus vrai que les personnes rassemblées doivent parcourir des distances importantes et que l’équipement requis est souvent utilisé et donc, rentabilisé. Lorsque les participants doivent franchir de très faibles distances, la balance peut alors pencher du côté des rencontres conventionnelles 8.
Lorsqu’ils se déplacent pour utiliser un service public ou pour aller chercher un formulaire papier dans l’un des points de service de l’Administration, les citoyens et les entreprises utilisent aussi du carburant, émettent des gaz à effet de serre et, finalement, consomment du papier. Dans leurs efforts pour protéger l’environnement, les Administrations doivent donc tenir compte aussi de l’empreinte environnementale des activités de leurs usagers.
Dans cette optique, les modes de prestation de services électroniques permettant aux citoyens et aux entreprises d’interagir à distance avec l’Administration sont certainement à privilégier. La mise en ligne de différents formulaires et de documents d’information permet, par exemple aux citoyens, de les remplir ou de les consulter en ligne, sans avoir à se déplacer. Encore une fois, cependant, la mise en œuvre de services en ligne pourra être plus ou moins rentable et avoir des effets variables sur l’environnement, suivant les conditions auxquelles sont soumis les services offerts 9.
Si leur implantation et leur utilisation sont bien pensées et bien dosées, les technologies de l’information peuvent sans aucun doute contribuer à réduire les effets environnementaux des deuxième et troisième niveaux des Administrations. Toutefois, comme on l’a vu, différentes précautions doivent être prises pour qu’elles n’aient pas un effet contraire. Par conséquent, le calcul des effets environnementaux associés à l’utilisation des TI à des fins de réduction de l’empreinte environnementale des ministères et des organismes devra être fait avec soin avant que certaines décisions soient prises.
Rédactrice : Catherine Lamy, directrice de projets, CEFRIO
Sources :
CANADA (GOUVERNEMENT), Direction des affaires environnementales.. Guide des réunions écologiques d’Environnement Canada, 2e version, Environnement Canada, août 2007, 53 p.
CITY OF PORTLAND. Green Office Guide.
COALITION FOR ENVIRONMENTALLY RESPONSIBLE CONVENTIONS. Conference Environmental Footprint Calculator.
GARTNER. PC Power Management Policies Greatly Cut Co2 Emissions, 31 août 2007.
KITOU, Erasnia, et Arpad HOORVATH. “Transportation Choices and air Pollution Effects on Telework”, Journal of Infrastructure Systems, juin 2006.
MOBERG, Asa, et autres. Screening environmental life cycle assessment of printed, web based and tablet e-paper newspaper, Stockholm, Centre for Sustainable Communications Royal Institute of Technology, 2007.
O'BRIEN, Frances. Electronic Waste : Take It Back, Gartner, 20 novembre 2007, 5 p.
TOFFEL, Michael, et Arpad HOVARTH. “Environmental Implications of Business Technologies : News Delivery and Business Meetings”, Environmental Science & Technology, 2004, volume 38, numéro 11, p. 2961.
Le bulletin e-Veille est produit sous la coordination du ministère des Services gouvernementaux, en collaboration avec le CEFRIO.
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CEFRIO
Avec la collaboration de :
Sabrina Côté, analyste en statistique, CEFRIO
Sophie Poudrier, analyste-conseil, CEFRIO
Réjean Roy, conseiller principal, CEFRIO
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Recherche documentaire
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Révision linguistique
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